André-Claude Lacoste, le président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), a présenté, début janvier, son rapport sur les évaluations complémentaires de sûreté (ECS) des installations nucléaires françaises. Les fameux « Stress Tests » européens réalisés dans le cadre du post-Fukushima.
D’abord aucun arrêt des 79 installations nucléaires prioritaires, incluant les réacteurs nucléaires, n’est demandé par l’Autorité de sûreté, aucune n’ayant montré un quelconque « niveau de sûreté insuffisant ». Néanmoins, pour que leur exploitation puisse se poursuivre, l’ASN « impose » « un renforcement, dans les meilleurs délais, de leur robustesse face à des situations extrêmes ». André-Claude Lacoste a insisté, en fin de présentation : « nous ne demandons pas des investissements, nous imposons des mesures qui vont conduire à des investissements » ; et ce sera non négligeable ! Les conclusions de ce rapport sont en outre « complémentaires » et « indissociables », a martelé le responsable de la sûreté nucléaire.
Au titre des mesures « imposées », l’ASN réclame un « noyau dur » de dispositions matérielles et organisationnelles, dont notamment, « un centre de gestion de crise bunkerisé », « un diesel d’ultime recours par tranche nucléaire », une Force d’Action Rapide Nucléaire (FARN), capable d’être déployée sur un site en moins de 24h et dont l’ASN demande qu’elle soit opérationnelle d’ici fin 2012.
L’Autorité exige aussi des dispositifs de dénoyage du combustible usé des piscines renforcés et une étude sur la faisabilité d’un dispositif de protection des eaux (un cendrier sous l’ensemble du site). Mais, « la sûreté repose aussi sur les hommes », écrit l’ASN, qui suivra ainsi avec attention le maintien des compétences et la relève générationnelle. Le gendarme de la sûreté réclame ainsi, dans le cadre des interventions réalisées par des sous-traitants, que si elles concernent la sûreté, « l’exploitant ne peut déléguer le contrôle des opérations ».
Enfin, l’ASN renforcera les référentiels de sûreté pour pallier aux « non-conformités » constatées sur certains sites. Au final, une facture, pour poursuivre l’exploitation des réacteurs français qui pourrait atteindre plusieurs milliards, voire dizaines de milliards. Le choix de réaliser ces investissements, « imposés » si l’exploitant décide de poursuivre, n’appartient qu’à lui seul, insiste l’ASN.
Dans la foulée de ce rapport, Eric Besson, le ministre chargé de l’énergie, a réuni les acteurs pour définir « le calendrier de mise en œuvre des demandes » de l’ASN. En juin, à Bruxelles, un « rapport des rapports » des autorités de sûreté nucléaires européennes sera disponible, car, comme l’a souligné le gendarme du nucléaire français, le retour d’expérience de Fukushima prendra au moins une dizaine d’années et conduira à d’autres mesures... D’ores et déjà, une première estimation a fusé, portant à environ une dizaine de milliards le coût des investissements à faire dans ce cadre. Des investissements qui s’ajoutent au programme de modernisation réalisés par l’exploitant du parc français. Mais, a signalé Eric Besson, cela ne devrait pas augmenter la facture électrique de plus de 2%. Reste que ces mesures devraient avoir un impact direct sur le futur coût de l’Accès régulé à l’énergie nucléaire historique (Arenh), peut-être dès 2013, alors que les volumes liés à ce dispositif vont aujourd’hui essentiellement vers les clients gros consommateurs. Et l’absence d’évaluations précises rend aussi difficile la mise en place de contrats à cette échéance.