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L’AIE craint le futur âge d’or du gaz

Comme nombre de publicitaires, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pratique le « teasing ». Plutôt que de publier son rapport annuel en une fois, l’agence de l’OCDE égrène les chapitres tout au long de l’année. Début juin, c’était au tour des projections du marché mondial du gaz.

Avec la croissance annoncée de la consommation d’énergie et la nécessité de réduire le recours au charbon, le gaz, naturel et non conventionnel (GNC), va connaître un nouvel âge d’or, 20 ans après l’équipement massif des électriciens britanniques, allemands et américains.

L’AIE estime qu’en 2035, la consommation planétaire de précieuses molécules pourrait atteindre 5.100 milliards de mètres cubes par an, soit 54% de plus qu’aujourd’hui. Si la prédiction se réalise, le gaz fournira 25% de l’énergie mondiale : 4 points de mieux qu’en 2010. L’an passé, l’institution basée à Paris estimait la consommation de 2035 à 4.500 Mdm3 par an.

L’incroyable développement des gaz non conventionnels n’est pas étranger à l’évolution du scénario de l’AIE. Les réserves de GNC sont désormais réputées aussi importantes que celles du gaz naturel. En combinant les deux, nous disposons de 250 ans de réserve, au rythme actuel de consommation. Un rythme qui ne pourra manquer de s’accélérer. L’abandon de l’énergie nucléaire par la Suisse, l’Italie, mais surtout l’Allemagne, contraint ces puissances économiques à se tourner vers le gaz pour sécuriser leur approvisionnement énergétique.

Le gaz est donc l’une des sources d’énergie promise à un brillant avenir. Ce qui ne fait pas l’affaire du climat. L’AIE le reconnaît d’ailleurs : l’analyse du cycle de vie montre que l’utilisation des GNC est plus émettrice que celle du gaz naturel.

De plus, les futures centrales au gaz ne remplaceront pas forcément des centrales au charbon —ce qui réduirait le bilan carbone du secteur électrique— mais aussi des réacteurs nucléaires arrivés en fin de vie.

Conséquence : le nouvel âge d’or du gaz augmentera la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Sans un recours massif aux sources d’énergie bas carbone, à l’efficacité énergétique et à de nouvelles technologies (comme le captage-stockage géologique du carbone), nous émettrons, en 2035, 35 milliards de tonnes de CO2 par an : 16% de plus qu’en 2010.

L’atmosphère contient actuellement une concentration de 393 parties par million (ppm) de CO2. Ce qui veut dire que pour un million de molécules d’air, il y a dans l’atmosphère 393 molécules de CO2.
Les climatologues estiment que si l’on veut limiter le réchauffement climatique à 2°C (le double de ce qu’il est déjà), il faut limiter la concentration de CO2 à 400-450 ppm. Or, nous en sommes déjà à 393 !
L’AIE estime qu’au rythme actuel, on ne parviendra à stabiliser la concentration qu’aux alentours de 650 ppm de CO2 dans l’atmosphère. En conséquence, la température moyenne globale devrait progresser d’ici à la fin du siècle d’au moins 3,5°C. Or, les politiques visent à le limiter à 2°C. Nous sommes donc déjà hors des clous.

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