Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (Meeddat) a présenté, début juin, en conseil des ministres, les Programmations pluriannuelles des investissements (PPI) pour l’électricité et la chaleur. Deux exercices présentés de manière combinée, largement dominés par les engagements européens de la France ainsi que par l’effet du Grenelle de l’environnement, initié par le Meeddat.
Ainsi, au global, les mesures du Grenelle Environnement doivent permettre d’économiser 35 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) en 2020 par rapport au scénario tendanciel du ministère. Cette année-là, la consommation énergétique se stabiliserait à 167 Mtep, contre 177 Mtep à l’heure actuelle, soit une baisse de 6 %. Par énergie, l’impact du Grenelle sur les variations de consommation se chiffre entre un quart et un tiers d’efficacité en plus : - 19 % d’électricité ; - 31 % de gaz ; -16 % de pétrole et - 33 % de charbon. Conséquence, la consommation d’électricité « devrait se stabiliser, en dépit du développement attendu de nouveaux usages (véhicules électriques...) », indique le texte de présentation remis hier par le ministère. Par rapport à 2006, la consommation électrique devrait ainsi être supérieure de 5 % en 2020.
Dans ce contexte de grenellisation, les énergies renouvelables sont à la fête avec un doublement en 12 ans de leur production. Pour J-L Borloo, c’est : deux fois plus de production de bois-énergie ; une multiplication par six pour la géothermie ; 12 fois plus pour les réseaux de chaleur ; et 400 fois plus pour le photovoltaïque. Avec comme objectif, faut-il le rappeler, d’avoir 23 % de la consommation d’énergie d’origine renouvelable en 2020.
Face à ce tableau, on serait tenté de croire que les investissements doivent se concentrer uniquement sur les énergies renouvelables. Il n’en est rien. La mise en service de deux réacteurs nucléaires de 3ème génération, type EPR, d’ici à 2020 doit permettre, explique le ministère, « de rendre la France insensible aux aléas de l’offre et de la demande ». Des aléas qui peuvent être sérieusement impactés par les décisions de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) quant à l’autorisation ou non de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires actuellement en service. En fonction des décisions de l’ASN, le ministère entend qu’il n’y ait « aucun déficit dans la production d’énergie électronucléaire ». Ensuite, le ministère fait état d’autres aléas pouvant survenir, comme par exemple, un objectif de croissance de la production d’électricité éolienne qui ne serait pas atteint d’ici à 2020. Il est donc indispensable de pallier à ces incertitudes. Très ambitieux, les objectifs de développement des énergies renouvelables « nécessitent l’exploitation maximale du potentiel ». C’est notamment le cas pour la biomasse pour laquelle l’un des « points de vigilance » est la ressource. Objectifs ambitieux et parfois risqués donc. Mais mieux vaut se prévenir en conséquence, semble se dire le ministère.
Les PPI ont un caractère indicatif et non contraignant. Avec ce mécanisme, le gouvernement a uniquement la possibilité de lancer des appels d’offres (électricité et chaleur) dans le cas où les acteurs du marché n’ont pas engagé les investissements nécessaires à l’équilibre de l’offre et de la demande.