L’Union Française de l’Electricité (UFE), organisme patronal du secteur électrique, a rendu publique une étude sur « le rôle de l’électricité dans la lutte contre le changement climatique ».
L’association patronale a établi, avec le cabinet Estin & Co, un bilan carbone précis des émissions dues à la production de courant. Elle a également étudié, à un horizon plus lointain, la contribution de l’électricité à la réduction des émissions de CO2 en gardant pour objectif de maximiser les gains en CO2, grâce au recours à l’électricité. Les principes sont simples : agir sur le parc de production en amont, et intervenir sur les utilisations de l’électricité en aval.
La France n’a pas à rougir de son bilan avec une unité de PIB deux fois moins carbonées que celle de l’Allemagne, grâce à une production essentiellement nucléaire et hydraulique. Et même en ajoutant les importations de courant pour la pointe, les rejets du secteur électrique atteignent, selon l’étude de l’organisation électrique, 70 g/kWh (65 g/kWh, hors importations d’électrons), soit six fois moins que la moyenne européenne (372 g/kWh). Néanmoins, alors que le pays est exportateur, à quelques dizaines d’heures près par an, il doit « désormais importer pendant les périodes de pointe les plus extrêmes », souligne l’UFE. L’occurrence de cette pointe est élevée en hiver : 1°C de moins équivalant à l’appel de 2 100 MW supplémentaires (ce chiffré était de 1 500 MW en 2001). Toujours selon l’étude, les besoins en pointe ont augmenté deux fois plus vite que ceux en base sur les dix dernières années. Pour l’UFE, le développement spécifique des usages du courant (électronique de loisirs particulièrement, qui pèse de plus en plus dans la balance énergétique) et le manque de signaux économiques incitant à moins consommer en période de pointe, sont à blâmer (4 000 MW d’effacement ont été perdus en 10 ans !).
Et l’organisation de prôner plusieurs axes.
Dans un premier temps, il s’agit de mieux maîtriser l’énergie (MDE), en réduisant la pointe notamment, car 1 GW évité, c’est 4 MtCO2 en moins. Dans un second temps, il s’agirait de prendre en compte l’aspect d’horo-saisonnalité (faire payer l’énergie selon la saison et l’heure de la journée) afin d’accentuer les efforts d’effacement sur la pointe, ce qui n’était pas le cas dans la troisième proposition du Turpe (tarif d’utilisation des réseaux électriques). Dans un troisième temps, transférer les modes de consommation de l’énergie fossile vers « une électricité à haute performance CO2 » ; c’est-à-dire en construisant du nucléaire à concurrence d’un équivalent de trois EPR en 2020 et de développer les ENR dans le cadre des engagements pris par la France. Dans un quatrième temps, déployer des pompes à chaleur qui permettraient de jouer sur la pointe et préconiser un changement de modes de transports : plus de transports ferroviaires, de voitures électriques (objectif d’un parc d’un million de véhicules en 2020, hybrides inclus). Enfin, plus d’électricité dans les process industriels et dans le tertiaire et le résidentiel (eau chaude, cuisson, ...). De 39 TWh à 46 TWh d’électricité haute performance CO2 pourraient ainsi être utilisés au lieu de fossiles. Au final, en 2020, la demande atteindrait 552 TWh (+15% par rapport à 2005-2007), pour des rejets de 19 MtCO2, soit 68% de moins par rapport à la moyenne des usages de la période 2005-2007. Le chemin est long, mais l’enjeu est de taille…